Pourquoi écrit-on ?

Est-ce pour s’épargner une longue et coûteuse psychanalyse qu’on se met à l’écriture, y a-il des raisons particulières pour que la création s’invite à notre table ou notre clavier, comme une lente sève qui remonte le long de l’arbre et gagne ses ramifications jusqu’au sommet ? En fait, il faut écrire comme on respire, naturellement, et qu’importe si c’est un besoin ou le désir qui nous inspire, il s’agit de s’exécuter.

Orphée, prends ta lyre et réponds aux appels de l’aimée, poète tu es et seras jusqu’à plus soif, raconte les plaisirs et les joies, les chagrins et les désespoirs, et surtout ne t’arrête pas en chemin ; le voyage fera de toi le héraut des magnificences ici-bas et la gloire accompagnera tes pas où se mêlent les dieux, leurs funèbres trépas ou leurs songes lumineux.

Il est des heures versées dans l’oubli qui demandent qu’on les réveille, il est des lieux qui appellent à une évocation impérieuse, des sourires à graver dans le marbre, des émotions à retenir dans les mots avant leur extinction irrémédiable, leur soudaine clarté surgissant en pléiade d’étoiles, feux d’artifice réclamant l’ordre d’une parole pour les figer inexorablement contre l’invincibilité de l’instant. Le temps est une machine que l’on combat grâce à la mémoire, qui de-ci de-là dépose ses graines pour qu’on en élève les fleurs.

Immortelles, de préférence, et en ces jours de novembre, où les foules se suivent en processions silencieuses dans les allées jusqu’ aux tombes, le temps s’arrête, car l’esprit se souvient, et si nous devions à notre tour « plonger dans les froides ténèbres », du moins qu’il reste des lumières pour nous souvenir que nous existons.

Dans la course où l’être et le néant se confondent, dans l’éternel retour des images et des sons, florilège de pensées et de sentiments, l’écrivain-poète poursuit son œuvre de tâcheron, pour accomplir ce qui s’inscrit en lui tel un destin.

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