Le chemin du retour


Le marais d’Orx

On l’emprunte non loin de Labenne, à une dizaine de kilomètres de Capbreton, pour cheminer autour du Marais d’Orx, grande étendue mise en eau par le département des Landes depuis l’an 2000, pour créer un espace naturel de protection des oiseaux ; et d’autres espèces, rat des moissons, tortues, dont les portraits jalonnent le circuit pédagogique, ponctué de haltes dans des cabanes percées de lucarnes, postes de curieux avides d’observer cette faune, venue là prendre du repos ou se reproduire parmi la végétation dense, carex et joncs, arbres sortant leurs troncs de l’eau, accrochant au ciel leurs branches nues.

En cette troisième semaine de janvier, l’air est vif, qui fait onduler les vagues noires, mais le ciel d’un bleu azur jette une lumière qui ravit les photographes, d’ailleurs nous en rencontrons dès notre arrivée. La grande pancarte que nos yeux parcourent explique son nom, « Le chemin du retour », lieu d’histoires, d’allers retours perpétuels, les mille et unes boucles accomplies, les voyages successifs et récurrents, les migrations lointaines, canards et oies cendrées, hérons huppés ou non, chut, l’œil écoute et l’oreille se tend…vers les contes et merveilles, suspendus vers d’autres temps.
Celui de l’éternel retour, du cycle miraculeux des saisons.
Celui du guerrier ailé qui vient ici se reposer, contre vents et marées, se reproduire, se conserver, restaurer ses forces utiles pour poursuivre sans relâche sa lutte, sa destinée. Car il en faut du courage, de la persévérance, dans cet affrontement contre les éléments, dans la bataille résolue de la vie, la perpétuation de l’espèce, que l’homme averti accompagne de ses pensées, et avec ses moyens, ses efforts techniques, son labeur, parachève d’assurer.
Écoutons donc cet ancêtre vertueux, autrefois chasseur, qui nous permet de jeter un œil ébloui à travers sa lunette, effaçant la distance et nous permettant d’approcher sans les effrayer les colverts et autres pilets , que sa science nous découvre, sans omettre les cormorans perchés sur les piliers, et plus loin pointant sa tête haute, dissimulée parmi les herbes, l’admirable grue cendrée.
Aujourd’hui, pas de vanneau huppée ou de gallinule poule d’eau et autres figules, spatules ou pygargues, tous ces noms que l’ornithologue en herbe que nous sommes s’empressera de creuser, ouvrant le dictionnaire coloré du savoir, vaste comme le monde.

Monde à préserver avec constance, et comme nous y invite le vieil homme voûté aux lunettes rondes, long manteau jeté sur ses frêles épaules et képi vert, avec raison et de manière raisonnée, en écoutant toutes les voix de la conscience et même celle des chasseurs, de tous ceux à qui il importe pour l’équilibre d’une cohabitation pacifique de tous les êtres, peuplant marais et bois, plaines et montagnes, de ménager les populations pour la survie de tous.
Mais en ces temps de vociférations plus que de paroles aimables, il semblerait que la raison soit la chose la moins bien partagée, et pour un peuple qui se réclame de Descartes, et qui pour l’heure veut tout et son contraire, crie à tue tête, cela constitue un paradoxe plus que délétère, où s’enferme l’Esprit. Comme nous le dit si bien le vieux sage, la bêtise ne mène jamais à rien, et certainement pas au chemin du retour.
Là où le calme s’allie à la beauté, à la splendeur des choses muettes et à la liberté, émergeant loin du chaos.

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