La Pierre Saint Martin

La Pierre Saint Martin, le 3 février 2020

A deux heures et demie de route de Capbreton, après avoir traversé des petits villages du Béarn aux maisons et clochers sages, entre bois et prés où broutent quelques rares chevaux, vaches ou moutons, des auberges au coin de rues désertes et des commerces discrets scandent le parcours qui peu à peu ondule et grimpe vers le bourg de Saint Engrâce, puis plus haut encore, au détour de la départementale, se dévoile la petite station pyrénéenne aux versants dégarnis par endroits.

Certes, les amoureux de la glisse peuvent encore en ce lundi 3 février se donner un plaisir plus chiche, vu l’état de la neige, mais cependant précieux.

Il n’y a pas foule, la télécabine du bas des pistes déroule ses sièges presque à vide, les skieurs demeurent sur les hauteurs, où le tapis arbore une blancheur et une densité plus profitables aux spatules ; l’air est doux, le soleil sous un léger voile étend sa splendeur printanière ; s’il ne neige pas d’ici la fin de semaine, les vacances de février n’auront pas le goût de fête, et les amoureux de la Saint-Valentin seront moins nombreux à écluser le cidre avec les crêpes, et à la flambée se régaleront peu de tartiflette, de fondue ou de cochonnaille basque, raclette, tous ces plats qui sustentent randonneurs et sportifs dans la bonne humeur.

Ce sera à qui trouvera la blague grasse pour que tous s’esclaffent, d’un rire tonitruant qui échappe à la grisaille des jours, au quotidien éprouvant comme un cloaque enterrant les vivants. Qui saura soutenir le plaisantin, mieux le hisser en chantre de la joie en ces temps de chagrin, s’élever avec lui au-dessus de la mêlée et tordre le cou à la morosité ambiante ? Qui pour lancer un concours de grimaces ou de poésies, contrepèteries époustouflantes ou sornettes mirobolantes, jeux de mots troussés en utiles drôleries, calembours détonants pour épater la galerie ?

Il est pourtant bien des soleils et des lunes pour rêvasser, des pentes à gravir et dévaler, des instants de bonheur à partager ; de mon point de mire, les cimes aux couronnes clairsemées demeurent spectacle inégalé.

La nature est un enchantement pour tous, cœurs blessés ou non, perpétuel puits de jouvence où, si tu cherches bien, se cachent les lutins, nymphes et fées, créatures coquines, qui sauront t’arracher un sourire, et te pousser irrésistiblement vers une joie retrouvée.

Vas-y, laisse-toi aller, oublie les chagrins, les angoisses qui entament ta confiance, ton bel enthousiasme, ton optimisme têtu, et la gloire reviendra comme ultime blason, marque essentielle de ta moisson. Foin des larmes, et que ton œil brille tel un diamant sur les contreforts des sentiments. Ris à gorge déployée sans épouvante mais avec excès. Ris comme un enfant qui jamais n’a peur de rien. Et danse comme au-dessus du volcan, dont tu sauras tout d’ailleurs dans le mini musée attenant à l’office de tourisme, non loin de « La galette » qui affolera tes papilles en même temps que tu fredonneras cet air de l’enfant qui jamais ne se perd.

Et homme de courage, éternel Sisyphe ou chevalier à la triste figure, tu remonteras à la cime pour enfoncer dans l’abîme les inutiles tourments, et tu vivras, je le sais, des jours heureux, encore et encore, car je te le dis en vérité, il n’y a pas de blessure ou de désespoir, vaste sujet, qui ne se brise contre le mur espiègle du rire, et du temps.