En mai, fais ce qu’il te plaît

Bientôt nous irons dans les prés voir fleurir le muguet, caché entre deux bosquets, en vrai et non plus en songe contempler les clochettes blanches blotties en leur vert calice, de feuilles éclatantes au clairon de l’espérance.

Voilà que le souffle de la liberté enflera de nouveau nos poumons, ivres de tous les chants restés muets par un confinement délétère et contraint, soucieux désormais de célébrer la vie plus touchante car abreuvée aux rives de la faux.


C’est comme une complainte plus puissante au sortir des épreuves, la douleur aiguisant le sabre de l’émotion, c’est le surgissement du cri qui s’enflamme de clameur, une résurgence soudaine comme une explosion de bonheur.
Oui, nous irons vers l’été qui blondira les blés et gonflera les voiles des bateaux sur la mer, nous voguerons sur les courbes des herbes dans les champs, les campagnes et les montagnes verdoyantes seront les bras de l’Amante Nature qui nous enveloppera de sa chevelure sémillante.
Chut, écoute attentivement, les oiseaux te sembleront plus vivants que jamais, les nuages dans le ciel seront plus légers, azur resplendissant étalant sa soie rieuse au cou du soleil plus farceur et sublime au zénith. Sens-tu déjà le zéphyr parcourir ta joue, caresse subtile s’attardant aussi sur les paupières que tu laisses closes pour mieux en jouir, tandis que ton nez reste à l’affût des mille et une senteurs devinées dans la nuit.

Vois le jour qui se lève en mai et que ta joie ne soit plus violente car trop ardemment attendue, mais furtive et renouvelée comme la course des écureuils éperdus et fantasques, magnifiques, poursuivant leur partie de cache-cache par terre et dans les arbres, ravissant notre cœur et nous éloignant enfin du malheur.
Sois surpris de ton regard plus perçant de ces détails trop souvent ignorés, la huppe rouge du pivert et sa robe joliment piquetée, il s’applique à sa tâche oubliant d’être observé, le merle toujours moqueur siffle sans arrêt et les tourterelles et pigeons roucoulent sans s’inquiéter de ce qui nous ronge et ravive l’anxiété.

Alors, comme eux, usons de notre gai savoir comme ultime instinct, chanson qui rassure quand elle prend la mesure de tout ce qui nous a manqué et que nous devons conjurer.
Avec la tendresse de la mère pour l’enfant que nous sommes, avec la force du père qui tempère nos ardeurs guerrières et la gloire des sentiments qui habitent nos mots dans l’habit suprême de l’intuition.

La vie en mai est une sève plus puissante qu’elle s’échappe de l’étau de sa prison.

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