Sonnet de mai

Grisaille et pluie

Entre gouttes de pluie et agréable répit,

Rossignol et Pinson lancent de jolies trilles ;

Les merles voletant s’installent sur les grilles

Tandis que l’écureuil frileux reste dans son nid.

Oh, comme c’est très triste un ciel teinté de gris

Sans que les chauds rayons sur le chêne ne brillent !

Pour égayer les feuilles et sécher les brindilles,

Je réclame du bleu et du jaune canari.

Mais le capricieux Apollon me le refuse,

Trouvant continûment de stupides excuses,

Point de citron, carmin, orange ou indigo,

Couleurs trop belles à iriser sa palette,

Autant se résoudre à jouer à la roulette :

Ce Prince des Arts à l’huile préfère l’eau.

Les poissons rouges

Les poissons rouges, bassin de la citadelle de Hue, Vietnam

Les poissons rouges de mon enfance

Vont et viennent tournent et dansent

Flottent lotus et liserons d’eau

À la surface formant halo

Sur le bassin où tu te penches

Se mirent aussi quelques pervenches

Flottent lotus et liserons d’eau

À la surface formant halo

La lune calme s’y repose

Face tournée et bouche close

Comme endormie dans un berceau

Hamac ou coque de bateau

Qui se souvient des temps anciens

Sur la pointe des pieds revient

Comme endormi dans un berceau

Hamac ou coque de bateau

Dans l’onde claire du ruisseau

De même dort le cresson bleu

Frisées ses feuilles au fil de l’eau

Cheveux de nymphes sous les cieux

De petits têtards s’y promènent

Se laissent aller au fil de l’eau

Frétillante leur noire traîne

Sur cailloux blancs cahin-caho

Se laissent aller au fil de l’eau

Sur cailloux blancs cahin-caho

Ainsi frétillent vont et dansent

Les poissons rouges de mon enfance

Qui se souvient des temps anciens

Sur la pointe des pieds revient

Passe le temps passe les heures

À la recherche du bonheur

Passe le temps passe les heures

À la recherche du bonheur

Le temps passé le temps rêvé

Lèvres ouvertes et poings fermés

Faut-il toujours qu’il m’en souvienne

Le temps passé le temps rêvé

Lèvres ouvertes et poings fermés

L’air de la douce et vieille antienne

Les poissons rouges de mon enfance

Vont et viennent tournent et dansent

Flottent lotus et liserons d’eau

À la surface formant halo.

Gouttes de soleil

Pâquerettes

Le temps au mois d’avril

File l’heure et enfile

Des perles de rosée

Gelant sur la contrée

Elles pincent et picotent

Travaillent et tricotent

Les blanches collerettes

Des douces pâquerettes

Elles tombent en pluie

Sur l’habit vert du chêne

Dessous son parapluie

L’écureuil se promène

La pie finit son nid

De paille et de rubis

L’hirondelle des toits

Se moque bien du froid

Qui tisse farandole

De gouttes de soleil

Volette et virevole

Avec la grosse abeille

Le temps du mois d’avril

File l’heure et défile

Son collier de liance

Chaleur et turbulences.

Pays de Savoie

Le clocher de Bozel, Savoie

Le clocher de Bozel

S’élève jusqu’au ciel

Au bout le coq gaulois

Bien au-dessus des toits


Tout en haut Courchevel

Et les pics que l’on voit

Sont des crêtes rebelles

Estampillées de bois


Les jolis petits ponts

Pas très loin du Doron

Accrochent le regard

Fasciné et hagard


S’arrêtant sur le lac

Émeraude et turquoise

Saphir gris-bleu ardoise

Couleurs d’eau tout à trac



Là se mirent les arbres

Créant miroir de marbre

De grosses bouées jaunes

Sont boules qui détonnent


Survient le couvre-feu

Je détache mes yeux

De l’étrange glacis

De branches en lacis


Belle rangée de troncs

Pointes et cimes à l’envers

L’herbe grasse par terre

Truffée de moucherons.


Oyez oyez

Lachassagne au printemps

Au pays de Lachassagne

Dans la belle campagne

Les ceps du Beaujolais

Laissent encore rêver

Le soleil fait briller

Les jolies pierres dorées

Est exquise à souhait

La terre vallonnée

Vibrante de beauté

Que l’envie de pleurer

Aux yeux fait affleurer

Un voile d’humidité

Est bien frais encore l’air

Du printemps renaissant

Hâtant l’herbe des champs

A congédier l’hiver

Çà et là les cerisiers

En habit de sommelier

Se pavanent guillerets

Louant le guignolet

Violettes et pieds de chats

Colorent les fossés

Les chemins carrossés

Des granges en contrebas

Et même les oiseaux

Perchés en haut des faites

Chantent le renouveau

À en perdre la tête

Dans les combes des prés

Les primevères tachettent

Le bord vert des chaussées

La nature est en fête

Naseaux humant le vent

Piaffent et caracolent

Les chevaux droit devant

En quête d’avoine folle

Les vaches l’herbe drue

Tout le long des talus

Mangent et paissent

Et à l’ombre paressent

Oyez oyez le beau

Printemps est arrivé

Voyez voyez le veau

Pointer le bout du nez

Partout y’a de la joie

Par terre et dans les bois

Que tweete sans arrêt

Le doux chardonneret.

Farces de mars

De ma fenêtre à Bozel, Savoie, le 15 mars

Il neige dru sur Bozel

Les flocons ont des ailes

Voltigent dans un ciel

De coton blanc et froid

Le lac devient miroir

Désireux de vouloir

Happer les sapins noirs

Déjà descend le soir

Dehors les promeneurs

Rares hâtent le pas

Dans la douce chaleur

Du logis s’élèvent la joie

Les songes d’autrefois

Tout ce qui importe

Qu’on ne remarque pas

Et que le vent emporte

Soulevant les regrets

Du joli temps passé

Goulées de souvenirs

Enrobés de plaisirs

Tous partis en sucettes

En mille et une miettes

Il neige sur Montagny

Il neige et c’est joli

Des flocons à foison

Maculent le goudron

Tout autour de la place

Des forêts de grimaces

Là-haut sur la montagne

Beau pays de cocagne

L’hiver nous joue des farces

Toujours à la mi-mars.

Le lac devient miroir

Retable printanier

Beauté du mimosa

Quand le mimosa fleurira

Le printemps reviendra

Je sentirai son baiser doux

Posé sur mes deux joues

J’irai par les sentiers boisés

Humer l’herbe embaumée

Parmi hautes fougères et thym

Bruyère au pied des pins

L’étole brumeuse de l’aube

De blanc prendra la robe

Pailletée de mille couleurs

D’Aurore chargée de fleurs

Je marcherai au diapason

Du superbe Apollon

Le pied léger l’allure fière

Foulant le bord de mer

Je remarquerai sur le sable

Les oiseaux dessinant

Avec leurs pattes les tridents

D’un étonnant retable

Et je verrai les gros nuages

Dans le ciel s’étirer

En longues écharpes irisées

Chevauchées par les mages.

Magie du ciel et de la terre

Sous le ciel de Biarritz

Plage de la Milady


En ce vendredi sur la Côte

Basque des enfants dans la flotte

S’ébattent et s’ébrouent bravant l’eau

Très froide bien au loin un bateau

Dont la voile à peine hérisse

L’horizon bleu et l’océan

Mêle ses strates de couleurs

Marine turquoise son grand

Feston de crêtes de blancheur

Au vent léger mon regard glisse

Sur les rochers têtes d’agneaux

Où se perchent quelque oiseaux

Et je devine sur la digue

La surprise des promeneurs

Détendus et pleins de bonheur

Sans complots malins ni intrigues

Vivre un instant de liberté

De plaisir et d’éternité.

Congo Colibri, libre de savane

J’ai écrit ce roman il y a déjà plusieurs années, maintenant il est accessible sur Amazon. J’avais fait mon mémoire de maîtrise de lettres modernes sur ce pan de l’histoire de France très méconnu : l’esclavage dans les Antilles françaises. Il portait sur les aspects économiques qui transparaissaient dans quatre romans que j’avais bien aimés, sur les esclaves marrons s’échappant de leur joug dans les plantations où ils appartenaient, en tant que meubles selon les termes du Code Noir qui régissait leur sort, à leurs maîtres tout puissants, ceux-ci ayant droit de vie et de mort sur eux.
L’intrigue romanesque n’enlève rien de la réalité que vivaient les esclaves, leur sort était bien peu enviable. La traite triangulaire, activité fort lucrative sur laquelle se sont développées de grandes fortunes en Métropole, leur assignait un destin tragique, que seuls quelques esprits éclairés de l’époque commençaient à dénoncer. Les horreurs et les sévices, c’était leur lot quotidien. J’invite par la lecture de « Congo Colibri, libre de savane » à se pencher sur cette période triste de notre histoire, pour y puiser tout de même des notes d’espoir, afin que l’humanité en marche donne toujours le meilleur d’elle-même et ouvre la voie sur l’indicible : toutes les douleurs un jour ou l’autre doivent être dévoilées et reconnues.

Chaque année, le 10 mai exactement, jour de mon anniversaire, étrange coïncidence, est désormais la date de commémoration de l’esclavage, et ce depuis l’action de Christine Taubira, ex garde des sceaux et ministre de François Hollande.

Et selon les vœux de certains, la reconnaissance des horreurs du colonialisme en Algérie attend toujours, ce qui pourrait se lire comme signe d’ouverture pour panser les plaies de l’Histoire, car la liste est longue qui jalonne les souffrances des hommes pour les faire se recueillir dans la joie.

Tempête Justine

Estacade de Capbreton brisée par la tempête

La tempête se prépare

Et enfile ses bottes

Les oiseaux jouent à saute

Moutons et dare-dare

Volent entre les gouttes

Tandis que voiles toutes

Dans l’afflux des nuages

Les bateaux vont au port

A l’abri des naufrages


Le vent plie les aiguilles

Des pins qui se balancent

Se courbent et s’élancent

En une séguedille

Chenille et Boléro

S’élèvent en crescendo

Sombre taureau en cage

Lion rugissant plus fort

Dans la nuit de l’orage


C’est un flot de musique

De vagues en submersion

Une ire magnifique

D’un monde en perdition

Ou montrant seulement

L’enfer des éléments

En un vil étalage

Luxe insolent d’efforts

Étourdissant de rage


Au matin en pagaille

Les mouettes tournoient

Dans un dais de grisaille

Offrent une ode à la joie

Ébouriffée de mousse

Ailée qui éclabousse

Le sordide arrivage

De débris d’arbres morts

Échoués sur la plage


Un bout de l’estacade

Don de Napoléon

A l’ancienne bourgade

Ladite Capbreton

S’est cependant brisé

Un reste de jetée

Poutrelles et bardages

Seuls arriment encore

Le vieux phare au rivage.

30/31 janvier 2021