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Coucher du soleil sur la rivière des parfums, Hue
Hue, capitale impériale, et Hoi An,la belle cité aux lanternes
Au lieu de visiter ces deux perles du centre du Vietnam aux pas de course, on peut choisir comme on l’a fait de cibler certaines visites, en faire moins et conserver le meilleur, quitte à revenir une autre fois pour jouir encore d’une belle vue sur la rivière des parfums, se promener en bateau à tête de dragon pour atteindre le tombeau de Ming Mang, et autres ancêtres célèbres comme Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyen.
Sans doute nous arrêterions-nous aussi à la pagode de la dame céleste, à laquelle nous avons préféré pour cette fois la Cité interdite, arpentée de long en large une matinée pour en recueillir l’ultime beauté.
Nous retiendrons de notre visite dans ce passé glorieux les portes joliment travaillées menant aux cours dallées, les bassins immenses où nagent les poissons colorés, les colombes blanches perchées sur les murs comme autant de messagers vers un ailleurs où la vie et la mort se confondent, les empereurs d’antan se bâtissant ici-bas une demeure paradisiaque, loin de la foule frénétique et les laideurs du monde.
Ici, tout est luxe, calme et volupté, les dragons veillent dans la cour et sur les toits, le pourpre et la dorure inondent les charpentes cossues et les colonnes. Trône royal, autels divers, pavillon de lecture et théâtre, d’un joyau à un autre, au détour d’un pont, d’une allée arborée, le spectacle est un perpétuel enchantement.
On peut conspuer la royauté, mais on ne peut lui enlever le sceptre de la longévité politique, qui donne liberté aux artistes d’embellir la vie de magnifiques créations. Passent les heures et l’histoire, restent les œuvres, les monuments, qui attestent de la meilleure part de notre humanité. Et c’est faire preuve d’humilité que de se prosterner devant la splendeur de ce que l’Esprit est capable d’imaginer. Les rois proposent, mais les hommes disposent, et ces milliers de petites gens qui de leurs mains ont façonné ces mystères, en parcourant les longs corridors aux charpentes cintrées recouvertes de tuiles vernissées, joliment rehaussées de pièces de mosaïques incrustées sur les façades, nos pensées volent vers eux, honorant leur adresse, leur vénération et leur constance dans l’absolue beauté.
Ainsi, pourrons-nous aussi deviser sur le tombeau de Tu Duc, lequel écrivit sur sa stèle les difficultés de son règne, les rigueurs de sa charge, au milieu des aléas et les soubresauts d’une vie que rien n’épargna, ni les tourments ni les drames, et seulement qu’il a fait comme il a pu, au regard de l’histoire, sans s’octroyer inutilement le pardon. Au milieu des arbres, méditons comme lui sur la fragilité de l’instant qui s’attache également à la nôtre, le temps s’en va et nous nous en allons, mais surtout soyons sereins.
Grâce à ces joyaux historiques et l’afflux de touristes, Hue est une ville propre, à l’âme joyeuse. Le quai qui longe la rivière des parfums agrémentée de parcs est une promenade agréable, le pont Eiffel s’illumine la nuit des couleurs de l’arc en ciel, non loin les piétons s’égayent dans les rues qui s’animent : des artistes prennent la pose sculpturale, statue d’or ou d’argent, un autre joue de la flûte ou d’autres instruments, des chants s’élèvent dans un bar ou sur un podium. Longtemps après les rois, Hue renaît et commémore leur faste, la fête du jour s’allie à la mémoire des temps jadis.
Quelques kilomètres plus au sud, la belle Hoi An, cité arborant ses lampions magiques, parle aussi la langue de l’ancien temps où se côtoie une triple architecture, japonaise, chinoise et vietnamienne, avec bienveillance et harmonie. Poésie qui s’illustre dans les façades colorées, les toits courbés, tableau des merveilles que soulignent encore les barques bardées de leurs scintillants lampions, guirlandes flottant sur l’onde, où dérivent des fleurs de bougies comme autant de vœux jetés au vent de l’avenir et à l’immortel augure.
Toi yeu Hue, Hoi An, Danang et ses longues plages de sable, I love, j’aime le Vietnam, car il est rempli de beauté.


My Khe beach ou China beach, Danang
Depuis près de quinze jours que je suis à Danang, quatrième ville du Vietnam, posée sur la côte au centre du pays, non loin de Hue classée au patrimoine de l’Unesco pour ses vestiges historiques remarquables, je ne peux que me féliciter d’avoir choisi novembre et décembre pour un séjour aussi pittoresque qu’agréable. Les températures sont comparables à un bel été sur la côte atlantique, un peu de pluie certes et du vent quelques heures par jour, mais pour les adeptes d’un été sans fin, une halte en ces lieux est très profitable. L’eau est aux environs de 25 degrés et rafraîchissante, les cocotiers bordant la longue chevelure blonde de sable arborent leurs vertes palmes au ciel, sur la montagne aux singes non loin Lady Bouddha veille ; quelques rares bateaux se reposent au soleil offrant au peintre les couleurs éclatantes de leurs coques, tandis que par temps clair la haute silhouette de la pagode s’élance vers les nuages.
D’en bas ou d’en haut, Danang My Khe beach est belle, perle d’azur et d’eau, à proximité du pont du dragon et autre pont à haubans ouvrant la voie vers le centre-ville où se côtoient les marchés le long du fleuve Han. Danang en novembre pour un occidental, c’est s’assurer le privilège d’un tourisme sans cohue avec les joies de la plage sans la fournaise, et les plaisirs tout autant des yeux et de la bouche, car la nourriture est bonne et savoureuse. L’atmosphère y est joyeuse, alors que la France commence à grelotter et s’échauffe de fébrilités amplifiées par les réseaux sociaux qui, vues d’un autre coin de la lorgnette et de la planète, sont autant d’images éruptives et vaines, de caprices d’enfants gâtés, ignorants et ingrats, oublieux de leur chance.
Pourquoi écrit-on ?
Est-ce pour s’épargner une longue et coûteuse psychanalyse qu’on se met à l’écriture, y a-il des raisons particulières pour que la création s’invite à notre table ou notre clavier, comme une lente sève qui remonte le long de l’arbre et gagne ses ramifications jusqu’au sommet ? En fait, il faut écrire comme on respire, naturellement, et qu’importe si c’est un besoin ou le désir qui nous inspire, il s’agit de s’exécuter.
Orphée, prends ta lyre et réponds aux appels de l’aimée, poète tu es et seras jusqu’à plus soif, raconte les plaisirs et les joies, les chagrins et les désespoirs, et surtout ne t’arrête pas en chemin ; le voyage fera de toi le héraut des magnificences ici-bas et la gloire accompagnera tes pas où se mêlent les dieux, leurs funèbres trépas ou leurs songes lumineux.
Il est des heures versées dans l’oubli qui demandent qu’on les réveille, il est des lieux qui appellent à une évocation impérieuse, des sourires à graver dans le marbre, des émotions à retenir dans les mots avant leur extinction irrémédiable, leur soudaine clarté surgissant en pléiade d’étoiles, feux d’artifice réclamant l’ordre d’une parole pour les figer inexorablement contre l’invincibilité de l’instant. Le temps est une machine que l’on combat grâce à la mémoire, qui de-ci de-là dépose ses graines pour qu’on en élève les fleurs.
Immortelles, de préférence, et en ces jours de novembre, où les foules se suivent en processions silencieuses dans les allées jusqu’ aux tombes, le temps s’arrête, car l’esprit se souvient, et si nous devions à notre tour « plonger dans les froides ténèbres », du moins qu’il reste des lumières pour nous souvenir que nous existons.
Dans la course où l’être et le néant se confondent, dans l’éternel retour des images et des sons, florilège de pensées et de sentiments, l’écrivain-poète poursuit son œuvre de tâcheron, pour accomplir ce qui s’inscrit en lui tel un destin.
Les contes de Morphée : Le meilleur des mondes
En ce temps-là, les poules avaient des dents et pouvaient manger tout ce qu’elles voulaient, les souris avaient des oreilles qui leur servaient aussi à voler, les lapins, une longue queue qui leur permettait de se suspendre à un arbre et de se balancer. Les poissons jouaient de la musique avec leurs nageoires, le règne animal vivait en harmonie, et pas un croc ne dépassait pour exprimer une colère. Chacun se comportait au mieux et avait acquis une seconde nature autorisant un grand savoir-vivre, et tout allait pour le mieux.
Puis, on ne sait comment les choses se sont gâtées, qui a commencé le premier, mais toujours est-il que la zizanie a démarré. Les tortues ont voulu aussi apprendre le tambour, utilisant leur carapace comme caisse de résonance, frappant avec des bâtons que les castors collectaient pour construire leurs barrages. Les oiseaux picoraient les oreilles des souris pour être davantage maîtres du ciel, gobant en plein vol tout ce qui leur passait près du bec. Les lapins lançaient des concours pour élire qui avait la meilleure queue, les abeilles ne faisaient plus de miel et se doraient le ventre au soleil, préférant le farniente au labeur . Chacun se pavanait en son château, se complaisant dans l’inutile, de sorte que bientôt une monumentale pagaille survint, qui frappa les animaux de sidération. Car la stupeur naissait inévitablement de la confusion, on ne savait plus qui blâmer et châtier pour remédier au chaos, grandissant, jour après jour.
On essaya des formules, ritournelles et chansons, Sésame, ouvre les débats et ferme les querelles, Abraquidira la fin des disputes. On institua une Haute Cour pour établir la Justice, mais personne ne voulait du coupable reconnu par ladite Cour, le juré se coiffant des casquettes d’avocat, de procureur et de juge. C’était évidemment un concert où la Reine Cacophonie avait le beau rôle et le Roi des Brigands jouait à qui perd gagne, attisant les passions. Plus les invectives et les jurons pleuvaient et plus on s’amusait.
Mais les rires ne durent qu’un temps, car partout on se lasse du divertissement, dès lors que les distractions affectent les ventres et la nourriture vient à manquer. Plus de miel, plus de barrages, on a froid les nuits d’hiver, et l’été, on s’éclaire comme on peut, plus de pétrole ou de charbon, à force de ne rien faire, chacun a oublié un savoir-faire vite relégué dans l’oubli et l’indifférence.
Petits et grands s’éternisaient dans des discussions stériles, plus d’apprentissage digne de ce nom, plus de culture et d’art, la terre était devenue une indéfinissable misère, où toute roche s’élevait en mur des lamentations.
Là, s’inscrivaient en toutes lettres les morts, les plus faibles en premier, car certaines créatures aimantes n’avaient pas tout renié, la douleur des absents s’obstinant à le leur rappeler. Cependant, cela ne semblait pas assez, car l’hécatombe continuait, tout autour un vaste champ de ruines, et arriva le moment où il fallut se résigner à construire une capsule, capable d’emporter quelques élus vers un autre asile, une autre arche de Noé pour accomplir l’ultime voyage avant l’extermination totale des derniers damnés de la Création.
Or, il n’y avait plus de Dieu pour élire le Capitaine de ce vaisseau de survie, plus de mission divine, juste quelques individus courageux qui ne savaient à quel saint se vouer, et plus de noble cause pour les guider. L’aventure s’achevait-elle avant même d’avoir commencé, n’y avait-il plus rien à faire, sinon se faire à l’idée que toutes les choses ont une fin, bonne ou mauvaise, que les civilisations meurent comme celles qui les ont précédées, et qu’après tout il fallait s’en faire une raison ?
Les derniers guerriers se laissèrent gagner par le découragement, seule une fourmi obstinée se refusait à baisser les bras, continuait comme Sisyphe roulant son rocher en haut de la butte. Elle poursuivait envers et contre tout, sur terre et dessous, le dur labeur assigné à son identité profonde, et se souvenait.
Autrefois, un ermite avait été chassé de ces contrées autrefois hospitalières, sans raison fondée, et avait trouvé refuge là-haut dans la montagne. Il se nourrissait de peu, quelques racines et végétaux, buvait l’eau de la source. Beaucoup d’hommes avaient péri, les plus faibles évidemment étaient les premiers à faire les frais de la discorde générale, serait-ce à lui qu’il appartenait dorénavant de sauver ceux qui restaient, hommes et bêtes, de les embarquer vers un ailleurs plus respirable, là où il était certain qu’ils pourraient tout recommencer ?
La fourmi se dit que ce projet serait plus qu’envisageable, et qu’il suffisait sans doute de le lui demander. Alors, elle entreprit sa longue montée dans la montagne.
Ce fut un long périple, non dépourvu de dangers, elle manqua de rouler plusieurs fois dans le vide, emportée par son propre poids ou poussée par le vent lors de ces tempêtes prêtes à raser tout ce qui bouge ou se dresse, alors elle s’agrippait comme elle pouvait de ses pattes menues, les collait comme des ventouses à la paroi, se réfugiant tant bien que mal au creux de pierres ou de grottes, abris plus sûrs pour se reposer. Elle y étendait son corps épuisé, ses pattes écorchées, heureuse de rencontrer prochainement le seul être qui pût les sauver.
Elle était si mignonne, avec sa tête ronde, ses mandibules minuscules avancées pour croquer le moindre grain de riz ou de blé, ses membres fins tels des fils de lin bruns, et son abdomen luisant comme une perle de mica, et cet air buté sur le front de chevalier servant, assuré d’en découdre et prompt à dégainer son épée contre les dragons ou vilains sorciers désireux de la bouter hors de son chemin.
Ah, qu’elle était ravissante, plus auréolée encore de lumière dans sa robe noire, quand d’une marche régulière et altière elle continuait, déroulait les pas, courant presque parfois, se hâtant , haletant sous le vent ! Elle n’avait nulle crainte, certaine d’arriver à bon port, tant son objectif était clair et la victoire proche, car il y allait de sa vie et de celle des quelques soldats, compagnons fidèles, résolus comme elle à la reconstruction.
Le premier dragon la mit au défi de répondre à une question, et si elle y répondait convenablement, elle pourrait sans encombres emprunter ce défilé qui menait à la cabane de l’ermite. Cet animal fabuleux, compatissant, avait pris sous son aile le pauvre diable banni sans fondement, établi dans la montagne, et s’efforçait de dissuader les intrus de venir l’importuner. Il cracha ses flammes gigantesques pour intimider la visiteuse, et de sa voix caverneuse, l’intima de donner la clé de sa devinette.
– Sais-tu pourquoi les hommes courent à leur perte?
– Euh, réfléchit la fourmi, ils ont succombé aux sept péchés capitaux et idolâtrent la bêtise ?
– C’est une bonne réponse , tu peux poursuivre ta progression, mais prends garde à toi. Tiens, cet anneau te sera utile quand tu affronteras la prochaine épreuve.
Intriguée, la fourmi néanmoins se remit en chemin.
Plusieurs lunes ont pointé leur museau, quand elle dut affronter son deuxième défi. C’était un monstre mi-sorcier mi-oiseau, secouant son bâton de pluie, affublé de grelots, où s’enroulaient trois serpents, avides de l’avaler.
– Holà, qui va là ?
– C’est la petite fourmi qui veut parler à l’ermite.
Mais avant que le Grand Sorcier ne la questionnât davantage, voilà que s’échappa de sa patte l’anneau volant, qui alla s’accrocher à son bec, lui clouant la parole et figeant les serpents, tandis qu’une clochette vint entourer le col de la fourmi soulagée de pouvoir poursuivre vivement sa route.
Et ce fut cette clochette égrènant ses notes claires qui l’avertit de l’entrée en scène du redoutable Cerbère, écumant de rage, bondissant vers elle. La clochette alla bloquer la respiration du molosse, l’empêchant de prononcer l’énigme à laquelle la fourmi n’avait sans doute pas de réponse, de sorte qu’elle arriva saine et sauve jusqu’à l’ermite.
Pour un peu, il l’aurait par mégarde écrasée de sa sandale, si l’oiseau blanc ne l’avait pas arrêté de son cri, le priant de s’accroupir pour recueillir la bestiole sur son index plein de terre. Il était en effet occupé à récolter son jardin, mûr des légumes d’automne.
La petite fourmi était fourbue, elle reprit vigueur après s’être régalée des baies offertes par son hôte. Enfin, elle raconta ce qu’ il ignorait, reclus loin du monde habité, les extrémités auxquels ses compagnons d’infortune et elle-même étaient réduits, et qu’il n’y avait que lui, l’ermite, qui pouvait les amener vers un meilleur sort.
– Moi, dit-il, étonné, et la perplexité arrondissait sa bouche en même temps qu’elle ajoutait des éclairs dans son regard. Après tout, qu’est-ce qu’il en avait à faire de ces gueux qui l’avaient chassé d’en bas, ne méritaient-ils pas aujourd’hui la justice qui s’abattait sur eux, réparant l’infamie dont ils l’avait jadis frappé ?
– Mais il y a des innocents, la bonne Louise et ses petits, les jeunes orphelins, quelques hommes vaillants et mes compagnons, soldats courageux, pouvant livrer bien des batailles pour faire advenir un monde meilleur. Toi seul pourras les conduire vers un nouveau paradis, je le sais. Le temps a apaisé ta colère, tu n’as plus de haine, tu pourras accomplir notre destinée.
Il y avait tant de détermination dans les yeux de la petite fourmi, et tant de confiance, qu’après plusieurs jours de réflexion, l’ermite consentit à redescendre de la montagne, son amie blottie dans un pli de son manteau.
Et il mit fin à l’ancien monde et recréa un nouveau, plus beau de tous les songes que les enfants ont dans leur cœur, merveilleux et féconds.
Toi, homme de bonne volonté, fais comme ces gentils enfants qui d’un oeil ébloui suivent l’oiseau blanc et, d’une aile magique, la belle colombe t’amènera comme tous les bienheureux aux portes du sommeil.
Les contes de fées
Dans son livre La psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim dit tout le bien qu’il pense des contes de fées et invite tous les parents à en lire à leurs enfants. Même les plus grands conteurs comme Charles Dickens ont puisé du bonheur dans leur lecture.
Contrairement aux mythes qui portent en eux l’univers de la tragédie et en cela aussi utiles à la culture des hommes, l’univers des contes de fées est résolument tourné vers l’optimisme. La plupart du temps, les personnages, dont le héros, ne sont pas décrits en profondeur, mais durant les péripéties qu’il traverse, il va se révéler à lui-même, comme dans moult récits d’initiation. Le simplet va affronter les géants, en se montrant plus ingénieux que des forces auxquelles il a dû se confronter, et si la magie contribue fortement à renverser des montagnes, pensez aux bottes de sept lieues du Petit Poucet, aux animaux aux pouvoirs exceptionnels, aux bonnes marraines qui vont contrecarrer les sortilèges des sorcières, elle est là, la magie, pour aider le Sujet traversé par de multiples contradictions et sentiments à les vaincre, pour lui ouvrir la porte vers la résolution de ses problèmes.
Dans la lecture des contes, l’enfant trouve matière à forger son être en devenir, lui qui est si pétri de confusion, dans l’ordonnancement du récit, découvrira de quoi mettre de l’ordre dans le bouillonnement intérieur qui l’anime. Il saura que dans le tumulte où se débat son moi, il y aura toujours une issue heureuse, et qu’il pourra toujours vivre dans le meilleur des mondes.
Voilà pourquoi nous adultes autant que les enfants avons besoin des récits de toutes sortes, pour vaincre nos conflits et nos doutes, en lire et en écrire, c’est s’ouvrir à tous les possibles, car il est tellement désespérant de désespérer, sans fenêtre sur un ailleurs, un autre, l’idéal du moi se reconnaissant maître de son inconscient dévastateur, vainqueur après coup de tout ce qui l’empêche d’être au monde, confiant en l’avenir.
Il m’arrive quelquefois d’écrire des contes de fées, pour ressusciter l’enchantement, vivre tout simplement, et comme l’enfant qui croit sans y croire aux miracles, l’émerveillement est une issue convenable au pire des désespoirs.
Lisez des contes à vos enfants, des récits, des histoires, partez sur les chemins de l’Utopie, et vous découvrirez un trésor.
Et non des moindres : un moi triomphant de l’adversité.
De la poésie, avant toute chose
Le poète, comme l’oiseau sur la branche, chante et personne ne l’entend. Il chante d’un lieu que personne n’habite, et qui est pourtant familier.
Toi qui passes, pose-toi un instant et écoute : le clapotis de l’eau de la source naissant, le battement régulier de l’océan ou ses mugissements, les tempêtes et les hurlements, les éclairs s’étoilant en feux d’artifices béants, les sanglots ou les rires c’est selon. La poésie, c’est l’irradiation de ton cœur en une myriade de sentiments.
Le Poète n’est rien, s’il n’émeut, et comme nul autre pareil il connaît le langage des fleurs et des choses muettes ; il te fera, comme le dit si bien Baudelaire, « plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau. »
Dans la colère et le tumulte, dans la joie ou la douleur, écoute sa voix, il sait si bien te dire les mots qui parlent à ta tristesse ou à ton bonheur.
Le Poète, comme l’oiseau de paradis, chante, et si tu écoutes, des îles entières dans tes bras se refermeront. Tu retrouveras des trésors oubliés, enfouis tout au fond de toi : la pureté de l’enfance, la rose éternelle, et les splendeurs de l’immortel été.
Toute la beauté du monde en silence jusqu’à en pleurer, tout ce qui importe à l’homme : aimer plus que consommer.
Au milieu de tes tourments, pense à t’enivrer de poésie avant toute chose, à t’étendre à l’ombre de l’innocence, à la gloire de la belle Espérance, car là réside sans nul doute ta destinée.

